Délaisser la conscience victime

Faire comme si …

Catherine, ma cliente, vit une peine d’amour. Son copain, dont elle vient de se séparer, s’apprête à partir pour le Sud. Elle se retrouve avec de maigres économies, une auto sur le point de la lâcher et des revenus serrés qui ne lui permettent pas de grandes folies. Elle envie cet homme de prendre l’avion alors qu’elle n’a pas encore eu l’occasion de voyager, à l’approche de la trentaine. Elle m’appelle en pleurs, découragée, désespérée de ne jamais pouvoir réaliser ce rêve. Je tente de la consoler, de l’encourager de mon mieux, mais rien n’y fait. 

J’avais suggéré à Catherine, dans les mois précédents, de faire un collage dans le but de réaliser son rêve de voyager. Rien ne s’était manifesté. Elle l’avait rangé dans le fond d’un tiroir. Je l’avais encouragée à se procurer un passeport même si elle n’avait rien en vue – une façon de dire à la Vie qu’elle avait confiance, qu’elle était vraiment sérieuse avec son projet.

Elle me crie au téléphone qu’elle ne veut plus de cette vie. Elle est fatiguée d’attendre. Elle craint de manquer le bateau. À la croisée des chemins, elle doit trouver par et pour elle-même ce qu’elle désire vraiment faire de sa vie. Et prendre les moyens pour le réaliser. 

Son père lui a offert d’aller la chercher et de l’emmener chez lui pour lui changer les idées. Mais cela ne lui sourit pas. Elle préfère rester au lit et dormir sur sa misère. 

Dans de tels moments, que dire à quelqu’un qui veut simplement crier sa détresse, sinon que l’on comprend :

— Je sais que c’est difficile en ce moment, mais fais confiance à la Vie. Tu as fait ce qu’il fallait et je sais qu’une Force est au travail pour t’aider à réaliser ton rêve. Reste attentive aux signaux que la Vie va te manifester pour le réaliser. En attendant le mieux à faire, c’est de prendre du repos et de refaire tes forces.   

Dès le lendemain, je prends de ses nouvelles. Son ton est meilleur. Elle a retrouvé un peu d’aplomb. Elle se prépare à fêter l’anniversaire de sa soeur. Elle a contemplé l’idée d’adopter un chat ou un chien, mais finalement elle a opté pour un poisson. Je la félicite pour sa persévérance et son courage.  Les choses finissent toujours par s’arranger lorsque nous faisons des efforts, même minimes.

— Reste vigilante. Le message viendra peut-être d’un panneau publicitaire au coin de la rue ou d’un topo à la radio.  

— Ne crois-tu pas que c’est un peu flyé ton idée ?  dit-elle. 

— Non, je ne le crois pas. 

Julia Cameron, dans Libérez votre créativité (1994 : 165) dit à cet effet :  

Si cela vous semble toujours farfelu, demandez-vous sans ménagement quelle est la prochaine étape que vous essayez d’esquiver. Quel rêve jugez-vous impossible en fonction de vos ressources ? Quel bénéfice retirez-vous à rester coincé à ce stade de votre expansion ?

Une semaine plus tard, elle m’appelle toute excitée : 

— Écoute ça. Je revenais de chez ma soeur quand j’ai entendu à la radio une représentante du Club Med annoncer : « Nous sommes à la recherche d’animateurs. » C’est spécial que je l’aie entendue, parce qu’habituellement je ne porte pas attention à ce qui se dit à la radio. J’ai enjambé les marches de l’escalier de l’appartement à la course. Je ne sais pas comment j’ai pu retenir le numéro ! Elle a pris l’appel ! Après une brève entrevue, elle m’a donné dix minutes pour me décider.  

— Wow, lui dis-je, c’est ton collage qui prend forme !    

— Crois-tu ? Je m’envole samedi prochain pour les Caraïbes. La représentante cherchait cinq personnes, avec un passeport valide, âgées de 21 ans ou plus et de l’expérience avec les enfants. Juste dans ma ligne d’expertise ! Pour aller travailler deux semaines dans les Bahamas, toutes dépenses payées. C’est un miracle !

Une autre technique que j’avais proposée à Catherine consistait à faire comme si. C’est une approche très puissante aussi. Il s’agit de visualiser le rêve accompli et d’agir comme s’il allait se réaliser, en se procurant son passeport par exemple. Ensuite tout ce qu’elle avait à faire, c’était de garder l’image du rêve vivante en l’habitant de sentiments positifs jusqu’à ce qu’il se matérialise. En vérité, Catherine n’avait pas mis tout l’énergie escompté dans son collage, mais c’était suffisant pour faire avancer les choses. 

Pour se rendre et revenir de ces îles, Catherine prendra l’avion sept fois. Au retour, elle sera dépêchée dans deux autres pays du Sud.  

Toutes les opportunités étaient devant elle. Pour réaliser ses souhaits, elle devait arrêter de s’en faire, délaisser la conscience victime pour s’élever vers une position plus responsabilisante en se concentrant sur son rêve de vie. 

Pas besoin d’argent, ni de quelqu’un sur qui compter pour réaliser son rêve. Juste la conviction et la compréhension que la vie avait un plus grand plan en réserve pour elle. Tout ce qu’elle avait à faire était de saisir le moment, saisir l’opportunité pour que les choses se déroulent exactement comme elle l’avait espéré.

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Jocelyne Durand